Pierre Mabille, Le Miroir du merveilleux

Le récent regain d’intérêt pour l’oeuvre et la vie de Pierre Mabille, chez Hermann comme chez Fage, contribue à repositionner l’auteur comme une figure centrale du surréalisme. Longtemps considéré – tout au plus – comme un compagnon de route du mouvement, justice est enfin rendue dans la réédition de son Miroir du merveilleux, oeuvre-clé pour la théorie du concept éponyme qui marque pour Emmanuel Bauchard, spécialiste de l’auteur, le rapprochement de « sa proposition épistémologique […] au plus près
des expériences surréalistes. »

Illustré par la métaphore du château, tout droit sortie du roman gothique, le merveilleux invite à une introspection profonde par la pratique des « états psychologiques limites » de sorte de révéler l’unité entre le moi et le monde dans le dépassement des déterminismes sociaux. « Derrière la fonction sociale », l’aventureux s’avance ainsi dans l’instant toujours renouvelé sur les terres de l’incertain, à même de rompre avec le destin qui tend à l’enfermer. Initiateur, Mabille refuse cependant
tout rôle de « gardien de musée » et encore moins d’« agent de location » : au lecteur d’apprendre à lire et d’explorer les couloirs du château, de se perdre aussi, pour mieux retrouver dans le présent vécu les virtualités agissantes relançant le prochain battement de coeur. […]

Extrait de l’article de Corentin Bouquet paru dans le n° 174 d’Infosurr.

Pierre Mabille, Le Miroir du merveilleux, Lyon, Fage éd., août 2024.