Archives de catégorie : Les extraits de notices

Expositions, publications, revues, films, DVD décrits dans Infosurr

Frontières du monde habité d’Alexandre Pierrepont

À l’orée des années 1990, Alexandre Pierrepont joua, très jeune, un rôle déterminant dans le renouvellement des activités du groupe surréaliste de Paris. Si, depuis nombre d’années déjà il n’entretient plus, hélas, que des relations distantes quoiqu’amicales, avec ce groupe, il n’en a pas pour autant, fort heureusement, abandonné
toute référence ni toute implication avec l’idée et le projet surréalistes.

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Chronique d’un échouage de Nora Mitrani

Chronique d’un échouage est le seul « écrit narratif » de Nora Mitrani. Un climat étrange s’installe dans cette « chronique » dans laquelle un bateau s’échoue sur le Rhône : en attendant le remorquage, la narratrice observe et raconte les 5 personnages coincés en huis clos. Ce n’est pas vraiment un roman mais plutôt, comme
l’observait justement Julien Gracq, un « texte savamment disloqué, sujet de nouvelle traîtreusement, malignement
désarticulé ». Les allers et venues des personnages sont très placidement observés, dans des fragments de « journal de bord », et quelques scènes étonnantes viennent tordre cette narration, comme la rencontre étonnante
avec un aveugle collectionneur d’objets érotiques.
[…]
Rabourdin retrace l’itinéraire de Nora Mitrani, qui passa d’une thèse sur des philosophes chrétiens à la sociologie aux côtés d’Edgar Morin, mais qui sera d’un engagement indéfectiblement surréaliste. Elle sera de toutes les actions surréalistes de 1947 à sa mort. Elle reste ainsi dans la mémoire du surréalisme comme une
voix qui « ignore le tiède », pour reprendre les mots admiratifs de Gracq.

Extrait de l’article de Richard Walter, à paraître dans Infosurr n° 147.

Nora Mitrani, Chronique d’un échouage, Nantes, L’OEil ébloui, juin 2019.

La « Chambre Mylar » d’Ira Cohen

Le poète Allan Graubard a su réaliser la publication d’un large choix des photographies fantastiques faites par Ira Cohen entre 1968 et 1971 dans sa Chambre Mylar située dans la mansarde de son appartement new-yorkais. Ira Cohen (1935-2011) était un artiste et poète important aux alentours du surréalisme et du mouvement « beat » américain, mais il est généralement considéré la vedette de l’underground artistique international
des années 1960-1980. Poète prolifique, photographe, cinéaste, il a vécu de nombreuses années hors de New York, à Marrakech, Amsterdam, Paris et Katmandu (Inde) ; il a collaboré avec les poètes Bryon Gysin, Jean-
Jacques Lebel, Allen Ginsberg, Simon Vinkenoog et Hans Plomp (les deux derniers sont des surréalistes néerlandais).
Allan Graubard devint un ami intime de Cohen à partir des années 1980.
En 1968, Cohen a inventé une technique pour capter par sa caméra des réflexions de feuilles miroitantes de polyester de marque « Mylar ». Sa première expérimentation « Mylar » était un court-métrage, qu’il titra The Invasion of Thunderbolt Pagoda. Ce film fit fureur dans les milieux underground. Ensuite, Cohen a entrepris de photographier des personnages masqués, maquillés, costumés de façon fantastique devant des décors et mis en scène dans sa « Chambre Mylar ».

Extrait de l’article de Laurens Vancrevel, dans Infosurr n° 146.

Ira Cohen : Allan Graubard, Ira Cohen – Into the Mylar Chamber, Somerset (Royaume-Uni), Fulgur press, octobre 2019.

A propos de Philippe Audoin, Les Capucines aux lèvres d’émail

Ce livre est un petit joyau, aussi bien grâce aux écrits inédits du poète/auteur que par les délicieux dessins colorés du peintre/illustrateur. Comme l’on sait, Philippe Audoin (1924-1985) fut un membre actif du groupe surréaliste à partir de 1963, et un des principaux organisateurs de l’exposition collective L’Écart absolu (1965).
Dans une carte postale de Saint-Cirq-la-Popie en date du 27 août 1965 André Breton lui écrivait : « cette exposition vous doit tout ». Ses textes publiés dans La Brèche portaient sur l’alchimie, l’héraldique, l’hermétisme, la cabale
phonétique et Charles Fourier, mais il avait aussi écrit des livres sur J.K. Huysmans et sur Maurice Fourré.

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Pierre Rojanski, Déménageurs de forêts

Rendez-vous avec des … Déménageurs de forêts ! Chez André Breton, à Saint-Cirq Lapopie. Ces temps-ci, c’est la jeune association « La Rose impossible » qui illumine à nouveau les lieux.
Émotion toujours en arrivant à Saint-Cirq. Toujours en dévalant ses ruelles pavées on croirait entendre les éclats de voix des découvreurs d’agates… Voici la demeure d’André Breton !
Dans la majestueuse salle où Breton recevait les amis, ce soir nous encerclent des songes sévères et moqueurs : les… « Déménageurs de forêts »… oui… les collages de Pierre Rojanski !

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Dora Maar

Depuis quelques années, toute exposition  célébrant un « grand nom » de l’histoire de l’art, ou prétendant réestimer une oeuvre, suscite de multiples publications – et que la meilleure gagne ! La rétrospective consacrée par le Centre Pompidou à Paris, du 5 juin au 29 juillet 2019, à Dora Maar, a donc entraîné la parution, bien entendu d’un catalogue, comme il se doit copieux et assez classique dans son organisation, mais aussi de trois ouvrages, de conception et d’intérêt différents, qui s’ajoutent aux biographies plus ou moins romancées ayant succédé aux ventes, en 1998-1999, des oeuvres de Dora Maar et de sa collection de Pablo Picasso.

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Dazet

Même si Infosurr n’a pas d’envoyé spécial dans le cône sud des Amériques, nous pouvons vous donner des nouvelles de Buenos Aires. Juan Carlos Otaño et Gerardo Balaguer animent un « Grupo surrealista del Rio de la Plata », surtout basé à Buenos Aires et très resserré sur quelques participants. Ils éditent Dazet, une belle et légère publication au format étonnant (15×43 cm ! ! !), sur du beau et épais papier, de couleur toujours différente, avec des interventions originales des membres du groupe (textes, illustrations mais aussi dialogues et jeux collectifs), des articles sur des sujets rares (ainsi un article très sensible d’Otaño sur la poésie des films scientifiques de Jean Painlevé dans le n° 3), des traductions de citations ou de textes particulièrement bien choisis : traductions de poèmes de Benjamin Péret ou de Jean Schuster, des citations allant d’Alphonse Rabbe à Malcom de Chazal, Joyce Mansour ou Gellu Naum.

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Claude Courtot (1939 – 2018)

« Je refuse de m’identifier à mes faits et gestes quotidiens » Cette phrase est de l’auteur de Bonjour Monsieur Courtot ! (Éditions Ellébore, 1984, dirigées par Jean-Marc Debenedetti). Les circonstances qui conduisent à sa disparition le 5 août 2018 relèvent très exactement de ce quotidien dont l’ensemble de son oeuvre, de livre en livre, s’extrait de toutes ses forces par une inflexible résolution de l’imagination. Claude Courtot ne craignait pas le mot « oeuvre », par quoi il faut surtout entendre, en l’occurrence, la construction patiente et insistante d’un ensemble de relations inaperçues entre des événements, des éléments culturels et des émotions, échappant à la lassante répétition des formules apprises par coeur auprès des mentors majuscules, comme à l’infidélité oublieuse de ce qui éternellement (dirait Ferdinand Alquié et quelques autres) récuse ici et maintenant la volatilité généralisée.

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Kati Horna au Musée Cobra d’Amstelveen, 2019

Quand on cherche des informations sur la photographe surréaliste Kati Horna (1912-2000) dans l’ouvrage de référence Les Mystères de la chambre noire (1982) par Édouard Jaguer, on ne trouve pas son nom. C’est que Hora était quasiment inconnue hors du Mexique, son pays d’immigration après ses trois exils : en 1933, de son pays de naissance, la Hongrie devenue antisémite ; en 1938 de l’Espagne devenue fasciste ; en 1939 de Paris, devenu dangereuse pour une juive réfugiée après la déclaration de guerre de la France aux nazis.

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