Ce 27 juin 2026, Jacques Lacomblez

Ce 27 juin 2026

Portes closes, définitivement ! Le rideau tombé, sèchement ! Plus aucune page ne se tournera ! Qu’importe la métaphore, Jacques Lacomblez n’est plus, c’est cela l’indicible, ici et maintenant. Jusqu’à quand ? Pour pallier l’absence, laisser revenir la première présence, celle de la rencontre ?

En 2014, Christian Oestreicher parvint à me convaincre d’être de ceux qui célébreraient les 80 ans de Jacques à l’exposition organisée par Ben Durant à la galerie Quadri pour cet anniversaire. Dominique et moi, nous ignorions tout de Bruxelles et si, depuis longtemps, je m’intéressais de très près aux œuvres de Lacomblez, peintre, dessinateur, poète, belge, surreéaliste et membre du mouvement Phases, comme disent les dictionnaires, l’occasion de le connaître dans sa ville emporta notre décision.

Il en fut ainsi, mais pourquoi, une fois parvenus à la galerie, m’attardais-je à l’orée de la maison plutôt que de me rendre avec les autres visiteurs dans la salle d’exposition ? Certes, j’étais là en compagnie de Pierre Prigioni qui consumait lentement sa pipe, et à qui je fis part longuement de la découverte de Bruxelles parcourue depuis deux jours avec un plaisir que je tenais à dire sur le champ. Certes, les vernissages me sont souvent pénibles car je m’y sens de trop, je ne sais pour quelle raison. Certes il y est malaisé de laisser le regard flâner sur les œuvres exposées dans le brouhaha de la cérémonie, etc. Quoique j’invoque maintenant, le fait est bel et bien que je retardais le moment de pénétrer plus avant et que c’est de cela que je me souviens jusqu’à ce que Pierre décide d’entrer et que je le suive.

À la porte de la galerie, Christian me dit que Jacques était justement là, tout près, et qu’il allait me présenter, ce qu’il entreprit, mais celui-ci l’interrompit brusquement : « Allons, pas la peine ! Je sais bien qui c’est ! », puis s’éloigna vers d’autre amis. Nous en restâmes là. J’eus la chance de retrouver Guy Cabanel et Mireille Cangardel, de me sentir moins seul en quelque sorte et avec eux d’être un regardeur attentif à ce que les cimaises proposaient. Plus tard, au moment de quitter les lieux pour gagner le restaurant, Jacques vint vers moi : « Je compte bien sur toi demain rue de Witte ! ».

Nous fûmes accueillis, ô combien, le lendemain et je continuai avec Jacques une conversation commencée je ne sais quand, je ne sais où, et qui était la poésie la mieux partagée entre nous, celle qui ne s’entrouvre qu’en jouant de son fermoir, l’humour, en toute discrétion scellée d’une si longue amitié.

Georges-Henri Morin, 1er juillet 2026

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