L’automatisme absolu régit ce que [Roger Renaud] écrit après son adhésion au surréalisme en février 1968 (il n’arrive pas à temps pour rencontrer André Breton). L’automatisme évoluerait pour atteindre des éruptions poétiques plus « dirigées » et privées, mais unies par le fait d’être des poèmes d’amour – ou mieux de l’amour – qui en même temps ne rompraient pas avec tout ce qui précède, car « ce sont, comme les textes de la période surréaliste, des textes entendus, venant de l’autre côté du miroir » (et jamais retravaillés). […]
Quel est le sens de l’art du poète ? En quoi consiste-t-il et que se doit-il d’incarner et d’affirmer ? À ces questions, la réponse apportée par Jacques Lacomblez semble être sans équivoque : dans une veine presque schillerienne que ne renierait pas complètement Lacomblez, naïvement, il est celui d’une subjectivité – d’un « Je » – qui reconnaît et assume pleinement que son art consiste avant tout « à oser regarder le temps passer » et le monde dans lequel il vit, tout en osant « s’incliner devant la grâce » qui subsiste, quand elle subsiste encore (Le peu quotidien).
Georges Sebbag est un des derniers survivants du groupe surréaliste qu’André Breton avait maintenu jusque dans la dernière phase de sa vie. Après le décès imprévisible et ô combien dommageable d’Annie Le Brun cet été, ils ne sont plus si nombreux : Margarita Camacho, Charles-Bernard Jameux, Bernard Roger, Jean-Claude et Marijo Silbermann, Georges Sebbag et moi-même.
Wolfgang Paalen est davantage connu pour son oeuvre picturale que pour son oeuvre écrite, dont une large partie reste en attente de publication. Sa revue Dyn, six numéros parus à Mexico de 1942 à 1944, a publié ses textes les plus connus. L’Axolotl est une nouvelle inédite en français, datant de la fin des années 50.
Centenaire oblige, le Musée cantonal des Beaux-arts de Lausanne a proposé une exposition intitulée Surréalisme – Le Grand Jeu. Au-delà de son ambiguïté, ce titre suggérait une visée ambitieuse comme ce musée en a parfois produit. Si intéressé que l’on puisse être par le groupe du Grand Jeu, on ne pouvait qu’être dubitatif devant la mise en équivalence sous-entendue.
[…] Dès 1958, il se lance dans l’organisation et la valorisation des pratiques surréalistes alors que le surréalisme était très mal connu aux Pays-Bas. Il fonde un petit groupe de jeunes artistes en reprenant la formule du Bureau de Recherches Surréalistes (qui exista à Paris en 1924/1925) : le « Bureau de Recherches Surréalistes » en Hollande (B.R.S.H.). Il établit un programme qu’il a envoyé à Breton fin 1959.
[…] Les études sur le surréalisme recèlent souvent un mépris pour ce mouvement et notamment une phobie, généralement calomnieuse, contre André Breton, mais cette orientation semble de plus en plus en faillite. Isabel Castells n’est pas seulement une parfaite connaisseuse de l’oeuvre et de la figure de Remedios Varo, mais elle a aussi consacré des études de référence à Eugenio Granell (dont elle était une bonne amie) et à Emeterio Gutiérrez Albelo, l’une des principales figures du surréalisme canarien. D’où l’acuité et l’orientation parfaite de son édition de Varo, qui, entre des mains ignorantes du surréalisme, nous aurait fait trembler.
Le poète américain Allan Graubard à New York et le peintre John Welson au Pays de Galles se connaissent déjà depuis plusieurs dizaines d’années mais ils ne se voient que de temps en temps. Toutefois ils avaient envie de créer ensemble des oeuvres collectives. Le petit et beau livre de peintures et de textes, Sun Step, Black Lake, est un excellent résultat d’un « jeu à deux ».
Après la première approche par Michel Faure (Histoire du surréalisme sous l’Occupation, 1982) puis La Main à plume, « Anthologie du surréalisme sous l’Occupation » (2008, avec une préface et un appareil bibliographique conséquent), voici le temps des analyses sur la Main à plume. Ce groupe de surréalistes clandestins à Paris durant la Seconde Guerre mondiale reste encore trop peu connu et exploré. Il faudrait aussi un jour publier l‘anthologie inédite sur l’objet qui fut le dernier projet collectif de la Main à plume qui explosa avant sa publication.